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Éditorial Avril 2014


Luttes paysannes : « Faire local et penser global »

Entretien avec Christian Roqueirol de la Confédération Paysanne de l'Aveyron.

Le 17 avril 1996, vingt-et-un paysans du Mouvement des Sans-Terre (MST) ont été assassinés dans le nord du Brésil. Leur lutte ? Se mobiliser pour qu’une réforme agraire soit appliquée dans leur pays. En commémoration de ce massacre, la Via Campesina, défenseur des droits paysans et de la souveraineté alimentaire, a introduit le 17 avril comme la Journée internationale des luttes paysannes.

Christian Roqueirol, paysan, ancien secrétaire national de la Confédération Paysanne et de la « Conf » de l'Aveyron, habitant du plateau du Larzac depuis la lutte contre le projet d'expansion du camp militaire dans les années soixante-dix, nous guide sur des luttes paysannes actuelles, comme l'accaparements des terres, la défense des semences paysannes et l'enjeu de la souveraineté alimentaire dans le monde. Nous l'avons contacté entre deux routes du Larzac et toujours en mouvement, il est certain qu'il faut agir localement et penser globalement.

Le 17 avril est la journée internationale des luttes paysannes, cette année elle concerne les semences, pourquoi est-il important d'en parler ?
En France et en Europe on observe des lois qui sont en train d'apparaître sur les semences où les semenciers essaient toujours de verrouiller leur accès et la liberté de les revendre ou de produire ses propres semences, il y a donc spécifiquement une bataille là-dessus qui ne dépend pas simplement de ce mois d'avril, et qui est d'ailleurs très fort d'un point de vue d'actualité en ce moment.


Comment en tant que citoyen peut-on se sensibiliser sur la lutte contre les industries agro-alimentaires qui ont la main mise sur les semences ?

Je crois que depuis plusieurs années, à la Confédération Paysanne et à Via Campesina, nous essayons de sensibiliser les gens à ce problème, ne serait-ce que par la lutte anti-OGM qui a pris une envergure telle qu'aucun citoyen ne l'ignore aujourd'hui, ou tout comme la brevetabilité des semences qui, aussi, est un thème très important mais après, en rentrant plus dans le détail, je ne sais pas si les gens sont au courant des lois et de la main mise sur les semences traditionnelles par l'industrie agro-alimentaire, je ne suis pas sûr que l'on ai réussi à faire réfléchir les gens sur ce sujet là. Pour ce qui est des paysans, des gens concernés ou des jardiniers, ils sont de plus en plus au courant qu'il y a cette volonté de tout verrouiller au niveau de la production et de la vente des semences. Quand on explique au grand public que ce n'est pas normal que les paysans ne puissent pas resemer leurs propres semences, ils le comprennent très bien, ils sont tout à fait outrés, mais je pense que c'est un sujet tellement complexe que même certains paysans ont du mal à saisir l'ensemble. Tout l'ensemble de la brevetabilité du vivant et de l'ensemble des textes de lois qui y sont liés est énormément complexe, il est très compliqué de faire de la pédagogie là-dessus et ça bouge en permanence.

 

Concernant le thème de l'accaparement des terres, est-ce un problème qui touche uniquement les pays du Sud ?
Non, certainement pas, et ça touche en particulier les pays de l'Est de l'Europe comme la Pologne, la Roumanie et l'Ukraine, qui est d'actualité aujourd'hui. On sait qu'en Ukraine il y a une main mise de certains groupes financiers sur des milliers d'hectares de terres, avec la complaisance de leur gouvernement car c'est une manière pour eux de développer leur agriculture. Alors ce qui se produit dans les pays du Sud, en particulier en Afrique et en Amérique du Sud, est en train depuis quelques années aussi de se produire en Europe. On a un effet d'aubaine qui est créé pour tous ces gens-là, de par l'accessibilité relativement facile et à bas prix de très bonnes terres agricoles ; l'Ukraine c'était le grenier à blé de l'Europe et il y a des gens comme Charles Beigbeder qui font, sans scrupules et sous-couvert de développement, de très bonnes affaires là-bas. Donc non, ce n'est pas spécifique aux pays du sud, absolument pas.

 

Alors comment peut-on faire reculer ces accaparements de terres ? En Europe par exemple ?
En faisant prendre conscience aux gouvernements des pays concernés que ce n'est pas une manière de développer leur agriculture et qu'au contraire, ça chassera les paysans de leurs terres. Chez nous aussi il faut essayer de faire des actions qui justement dénoncent ces accapareurs et mettre le doigt sur le fait que c'est au détriment des populations et au détriment, dans ces régions là, de tout ce que nous appelons la souveraineté alimentaire.

Est-ce que ces accaparements sont plus le fait de capitaux du Nord ou au contraire d'une bourgeoisie locale ?
Je pense qu'il y a les deux. En Afrique, par exemple, ce qui est très visible ce sont les accaparements venant de capitaux extérieurs et ce qui est un peu plus sournois c'est quand il y a les notables locaux qui eux-mêmes s'accaparent les terres ou font en sorte de les louer à des investisseurs extérieurs, ou même dans certains cas, s'associent avec ceux-ci, donc on ne peut pas dire qu'il y ai des accaparements venant uniquement de l'extérieur, ça n'a pas la même connotation, ça reste des nationaux donc plus difficile à combattre.

 

Comment peuvent résister et lutter les citoyens pour faire face à cette situation ?
Une fois qu'ils arrivent à s'unir, à créer des mouvements de pression et à ne pas rester isolés, il faut qu'ils trouvent des alliés un peu partout dans le monde. Comme Via Campesina il y a d'autres mouvements mais si il n'y a pas au début une lutte locale, il est très difficile d'intervenir, il faut que l'on puisse intervenir en appui des organisations non gouvernementales, syndicales, etc. Je pense que tout seul ils ne s'en sortiront pas, c'est évident, et puis il faut aussi arriver à faire comprendre à leurs élus locaux qu'il y a un vrai enjeu dans cette lutte.

 

Comment mobilisez-vous la population locale chez vous dans l'Aveyron?
Un peu à tous les niveaux. Localement, nous avons récemment fait une action à Nant sur du foncier agricole qui est en train de se transformer en foncier pour lotissement, c'est une parcelle très emblématique et une très bonne parcelle. Comme la mairie de Nant est en train de faire un lotissements dessus, nous avons décidé de faire une action pour dénoncer cette main mise et de le dire pendant la campagne des municipales, afin de faire comprendre aux candidats que les paysans ne se laissent pas faire, car si personne ne bouge personne ne va voir qu'il y a un problème. Les gens savent très bien que la nourriture que l'on consomme au quotidien vient d'ailleurs mais la plupart du temps ils n'en n'ont rien à faire, si nous n'intervenons pas, les terres partiront en terrain à bâtir ! C'est l'accroche locale et territoriale qu'il faut essayer de préserver, on ne peut pas, nous, en tant que professionnels de l'agriculture, se bagarrer uniquement sur les problèmes lointains ou dans d'autres pays, il faut faire local pour penser global.

Quelles sont les luttes emblématiques d'aujourd'hui en France, ou en Europe ?
Il y a chez nous l'histoire du foncier à Notre-Dame des Landes qui est, ne serait-ce que pour cette raison, importante à gagner, vraiment emblématique et qui remet en cause la légèreté des élus concernant les terres agricoles pour y faire des projets souvent inutiles. Nous avons aussi toute la problématique de l'agrandissement des fermes, qui est un type d'accaparement, c'est à dire que nous n'arrivons plus à installer des jeunes car il n'y a plus de foncier disponible ou bien parce qu'il est trop cher, donc accessible que par les grosses structures, même si ça reste des terres agricoles ce fonctionnement élimine des paysans et toutes les luttes qui renforcent le concept de souveraineté alimentaire, que ce soit les luttes pour maintenir la terre propre sans la stériliser avec, par exemple, des produits phytosanitaires. Si l'on garde des terres pour l'agriculture et qu'elles sont bien plus déficientes parce qu'elles ont été empoisonnées, nous n'aurons rien gagné. Ce sont des combats à mener de front, ce n'est pas l'un ou l'autre, c'est tout un ensemble ! En Europe, nous avons les lois sur les semences qui sont en cours de discussion. On observe très bien que le lobby agro-industriel à un poids terrible et que les élus y sont sensibles, mais ils ne sont pas forcément au courant, c'est donc à nous de les informer et de dénoncer. Il y a aussi ce problème de l'accaparement dans les pays de l'Est et il y a aussi les OGM. Ce qui vient de se passer dans l'Union européenne est hallucinant car même si 19 pays sur 28 viennent de voter contre l'utilisation d'OGM on voit que finalement il n'y a pas la majorité qualifiée car l'Union donne son feu vert à laisser finalement chaque pays choisir de le faire chez lui ou non.


Propos recueillis par Diego Olivares (Empodera).


Plus d'infos :

- Site de la Via Campesina concernant le 17 avrll et la Journée Internationale des Luttes Paysannes
- Journal le Midi Libre sur la récente action du foncier  : "Nant : la Conf’ dénonce la disparition des terres"

- Christian Roqueirol aux Sessions Terre Citoyenne de Nant, juillet 2011.

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