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Pierre Vuarin

OGM, l'alerte mondiale en matière de santé !

 

16/09/12
 
 
Certains articles avaient déjà montré que l'on pouvait avoir quelques doutes concernant les effets sur la santé humaine de certaines plantes génétiquement modifiées[i]. Mais les résultats de la recherche menée par le CRIIGEN et dirigée par le professeur Gilles Eric Seralini remet en cause l'innocuité du maïs NK603 sur la santé humaine, ceci grâce à des preuves de toxicité sur les rats[ii]. La mortalité de rates nourries avec du maïs NK603 s’avère six fois supérieure à celle des rates nourries avec du maïs conventionnel. Des tumeurs apparaissent en grand nombre pour ces rates nourries avec ce régime transgénique. Un article relatant cette recherche contrôlé par un comité de lecture vient d'être publié par la revue scientifique « Food and Chemical Toxicology »[iii]. On y démontre également la nocivité du Roundup, herbicide associé à cette culture OGM. Pourtant, ce maïs NK603 avait été homologué par les autorités américaines et européennes pour son utilisation dans l'alimentation humaine. Alors, comment en est-on arrivé là ? Quelle est l'étendue de l'impact des résultats de cette recherche ? 
 

Une étude contradictoire menée dans le grand secret pendant deux ans.



Cette recherche n'a pas été réalisée à la demande d'une autorité nationale ou européenne d'évaluation de l'impact des OGM sur la santé ou l'environnement. Elle a été effectuée à l'initiative d'une organisation de la société civile, le CRIIGEN[iv] soutenue par des fondations privées[v]. En effet, aucune autorité publique n'a accepté de financer une telle étude, faute de réelle volonté politique.


Depuis des années, le CRIIGEN s’interroge sur les impacts possibles de cette technologie. Cet organisme a été confronté, ces dernières années, comme d'autres organisations de la société civile, à la pression des entreprises transnationales comme Monsanto pour limiter les études d'impact sur la santé et l'environnement ainsi que l'accès aux résultats des quelques études existantes. C'est ce que démontre avec brio Corinne Lepage dans son dernier ouvrage « La vérité sur les OGM, c'est notre affaire »[vi]. Elle explique, en particulier, la raison de la création du CRIIGEN, sa découverte comme Ministre de l'Environnement de la réalité du lobbying pro OGM, ainsi que ses difficultés pour appliquer a minimum le principe de précaution, alors qu'elle avait un poste de responsabilité.
 

Comment les entreprises ont-elles construit leur non responsabilité ?



Comment les autorités sanitaires américaines, européennes, nationales ont-elles été incapables de mettre en lumière le type de problèmes révélés par cette étude ? On ne peut appréhender cette question sans connaître la logique folle dans laquelle sont entrées les entreprises productrices d'OGM avec la complicité de certains scientifiques et politiques. En effet, dans la directive européenne de 2001 sur la sécurité des aliments, la responsabilité du producteur d'un produit alimentaire est normalement engagée. Mais il existe une exception, explique Corinne Lepage, « Lorsque l'état des connaissances scientifiques ne permet pas de connaître l'existence d'un risque, la directive permet aux états qui le souhaitent d'exclure la responsabilité du producteur. C'est le choix qu'ont fait la France et la plupart des pays européens ». Ces entreprises ont ainsi obtenu qu'au vu des connaissances actuelles, elles ne pouvaient être reconnues responsables des effets possibles des plantes OGM sur l'environnement et la santé humaine. Aussi, dès qu'elles ont pu obtenir cette autorisation de non responsabilité, elles ont tout fait pour limiter les études sur les effets de cette technologie. Mais de quelle manière ont-elles procédé? Elles ont d'une part rendu impossible la réalisation d’études (contrats avec les agriculteurs, non délivrance de semences pour les chercheurs, etc..) sur les OGM produits. Elles ont d'autre part promu le principe « d'équivalence en substance » qui a été repris par l'administration américaine et par l'EFSA[vii] au niveau européen. Quel est ce principe ? Un maïs OGM contient à peu près les mêmes taux de protéines, de glucides et de lipides qu'un maïs non OGM. Dans ces conditions, pourquoi soumettre les plantes OGM à des études de toxicologie ? C'est ainsi que les entreprises ont obtenu la possibilité de ne pas avoir à réaliser des tests d'impact sur la santé des rats se nourrissant avec ces plantes OGM. Cela n'est devenu qu'optionnel, à la bonne volonté des entreprises. C'est ce qu'indique clairement Catherine Geslain Lanaëlle, la directrice de l'EFSA,  dans le film diffusé sur France 5 « OGM, vers une alerte mondiale ? ».
Ainsi, quelques études ont été réalisées par ces entreprises productrices de plantes OGM, mais seulement sur une durée limitée à trois mois au maximum, sans chercher la différenciation entre un effet possible OGM isolément d'un effet Roundup, herbicide qui accompagne ce maïs OGM. Les études réalisées n'ont jamais examiné les paramètres sanguins, urinaires ou hormonaux.


Lorsque des études ont été réalisées, elles sont restées confidentielles. En effet, seuls les membres des commissions d'évaluation peuvent avoir accès aux protocoles de recherche et aux résultats. Malgré le contenu touchant à la santé humaine, il a fallu des batailles juridiques épiques pour obtenir, par exemple, la publication de l'étude concernant le maïs MON863.
 

Une commission d'évaluation européenne à réformer



Par ailleurs, la composition de ces commissions d'évaluation a été critiquée par de nombreuses organisations de la société civile européenne ainsi que par les députés européens, dont José Bové et les députés verts. En effet, de nombreux membres de ces commissions se retrouvent en situation de conflit d’intérêt.


De plus, comme le souligne Gilles Eric Séralini dans le film de France 5, le travail à réaliser pour l’évaluation par les experts est considérable. Des milliers de pages doivent être lues en quelques jours et cela sans compensation financière... Dans ces conditions, les entreprises font des résumés et orientent la prise de décision. Et les décisions de ces commissions, le plus souvent ne font pas apparaître les avis contradictoires.... C'est la commission qui donne un avis favorable et cela sans préciser quelles personnes  répondent personnellement de cette décision et quelles personnes sont opposées.. Quand aux politiques qui ont à gérer le risque, ils s’alignent sur les décisions des scientifiques réunis dans ces commissions.
Dans ces circonstances, on comprend mieux comment nous sommes arrivés à cette scandaleuse situation qui fait honte au principe démocratique.

 

L'étude du CRIIGEN, une première mondiale



C’est pourquoi nous pouvons saluer l'effort et la ténacité du CRIIGEN et de l'équipe de recherche de Gilles Eric Seralini pour conduire pendant deux ans une étude contradictoire qui a dû se faire dans le plus grand secret du fait du refus de Monsanto d’autoriser le CRIIGEN à réaliser une recherche autonome, selon son propre protocole. Celle-ci a été conduite avec des semences produites au Canada et dans un établissement indépendant de recherche en Europe. Elle constitue une première et un événement mondial.


L’ouvrage de Gilles Eric Seralini « Tous Cobayes ! » (8)[viii] mais aussi plusieurs films présentent les conditions de réalisation et les résultats de cette recherche. Les films de François Le Bayon et Clément Fonquerne produits pas Lieurac Production donnent des clés indispensables pour comprendre la situation, sans tomber dans un réquisitoire à charge. Le film « OGM, vers une alerte mondiale ? » est diffusé sur France 5. Un petit film de treize minutes  « OGM, le moment de vérité »(9)[ix] produit également par Lieurac circule sur le web et dans les réseaux sociaux en différentes langues. Un autre film de 90 minutes « les OGM et nous » va aussi être chargeable sur le web. Lorsque l'on voit les tumeurs créées par l'alimentation OGM et par le pesticide Round up, cela fait froid dans le dos et crée un certain effarement. Le film « Tous  cobayes ! » de jean Paul Jaud[x] qui traite également du nucléaire sortira en salle le 26 septembre. Il constitue un beau témoignage et une belle démonstration sur l'effet de ces deux technologies dont on ne maîtrise pas les effets lorsqu’elles sont développées à grande échelle.


Que faire ?


Le CRIIGEN demande l'interdiction du NK603 et du Roundup. Cela apparaît incontournable au vu des résultats confirmés de cette première étude. 
Face à cette situation aussi scandaleuse de volonté de blocage de la recherche, de manœuvres secrètes, de désengagement politique, la responsabilité des scientifiques et des politiques est engagée. On peut même s’interroger sur une éventuelle connaissance des entreprises concernant les effets de ces OGM...
Comme le souligne Joel Spiroux, Président du CRIIGEN, dans le film de Lieurac Productions, il sera nécessaire d’effectuer à nouveau ce type de recherche avec le même OGM, mais aussi avec les autres plantes OGM homologuées ou non au niveau européen et ailleurs dans le monde.Il en va de la sécurité sanitaire des citoyens  Cela demandera du temps et des moyens que les entreprises et les organismes publics devront dégager. Mais cela devient une nécessité impérative. Il faudra aussi complètement réformer le dispositif d'évaluation du risque au niveau national et européen. L'EFSA doit fêter son anniversaire dans quelques semaines ; ce sera l'occasion d'engager une véritable réforme.


Il semble donc incontestable que le principe « d'équivalence en substance » doit être abandonné. Il en va de même pour d’autres principes utilisés afin de refuser les résultats significatifs de certaines études : l’absence de différence de résultats entre mâles et femelles, le principe doses/effets proportionnels.


Des études d'effets possibles sur la santé des rats devront être engagées sur une durée de deux ans (équivalent à peu près de la vie d'un rat) et non pendant trois mois comme actuellement. Il est d’ailleurs intéressant de noter que dans cette étude, on ne voit aucun effet apparaître avant quatre mois.... Il n'est pas sûr que, dans ces conditions, l'intérêt économique des entreprises pour produire des OGM avec de telles contraintes légitimes, puisse perdurer.


Les scientifiques et les responsables politiques, mais aussi dans une certaine mesure les citoyens sont maintenant face à leurs responsabilités. Si certains scientifiques ou politiques désirent ne pas refaire les études sur les OGM déjà validés et souhaitent continuer à homologuer des OGM selon les procédures actuelles, cela engage leur responsabilité face à la justice. Cela serait le cas en cas de confirmation des effets nocifs d’autres OGM, sur la santé humaine. Mais nous n'en sommes pas encore là.


Des répercussions mondiales



Les répercussions de cette étude se feront sentir au niveau mondial. Huit pour cent des surfaces agricoles sont actuellement plantées en OGM. Mais en Europe, les plantes transgéniques constituent, sous forme de soja importé, 80 % de l'alimentation des élevages. En France et en Europe, grâce à des mobilisations citoyennes dont celle des « faucheurs volontaires », nous avons évité le pire, comme la dissémination complète des OGM dans les cultures et dans l'alimentation comme cela est le cas aux USA et au Canada. Cette dissémination est importante aussi en Argentine, ou au Brésil. En Europe, l'étiquetage des OGM est obligatoire. En France, les produits alimentaires sans OGM et issus de filières sans soja OGM dans l'alimentation animale peuvent être maintenant distingués par un étiquetage « Sans OGM »[xi]. Cela est nouveau et porteur d’espoir.


Mais que vont faire les consommateurs des différents pays ? Que vont faire les autorités des pays face aux OGM produits sur leurs territoires ou importés ? La désaffection possible vis-à-vis des produits alimentaires contenant des OGM risque de produire une pression sur les aliments sans OGM. Cela risque d'avoir des incidences sur les marchés agricoles. Les spéculateurs seront encore à l'affût. Il semble aussi nécessaire de réfléchir, dès aujourd’hui, à un processus de transition entre la situation actuelle où les OGM se sont introduits dans une partie de l'alimentation mondiale et un avenir constitué d’une alimentation sans OGM.
           

Pierre VUARIN
Responsable de Programmes à la Fondation Charles Léopold Mayer

Co-créateur de l'Alliance Internationale Terre Citoyenne.

 

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(1) Voir la contre expertise biostatistique du Criigen réalisée en 2005 sur le maïs Mon863 consultable sur le site du Criggen. Voir aussi la synthèse de trois études en 2009 sur le Mon810, Mon863, NK603 www.criigen.org .Voir aussi le site de « responsible technology » qui fait le point sur quelques études et inquiétudes à avoir. http://www.responsibletechnology.org/gmo-dangers#.UFDf98cHV90.email
(2) Voir la présentation de l'étude sous forme d'un power point sur www.criigen.org
(3) Voir l'article en question sur le site www.globalmagazine
(4) www.criigen.org
(5) La Fondation Charles Léopold Mayer www.fph.ch et l'association CERES qui regroupe des industriels et citoyens autour de l'ancien PDG d'Auchan Gérard Mulliez désirant faire le point sur les effets de cette technologie. http://lexpansion.lexpress.fr/economie/gerard-mulliez-dans-l-etat-actuel-des-connaissances-il-faut-interdire-les-ogm_152209.html
(6) « La vérité sur les OGM, c'est notre affaire ! » Corine Lepage . Sept 2012. Editions ECLM www.eclm.fr
(7) EFSA European Food Safety Autority, Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire.
(8) « Tous cobayes ? » de Gilles Eric Seralini . Flamarion. Sept 2012.
(9) « Avec ou sans OGM : l’étiquetage décrypté »
par Christophe NOISETTE, septembre 2012 http://www.infogm.org/spip.php?article5166

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