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Les problèmes de l’agriculture, des paysans et du développement rural du Vietnam

Dao The Tuan, PHANO, Vietnam

 

 

Par Dao The Tuan. Association pour le développement rural

 

Les problèmes de l’agriculture, des paysans et du développement rural reviennent à poser le problème du développement durable.

 

Si la rénovation rurale conduit à une forte différenciation de la société, à une augmentation de l’écart entre la ville et la campagne, ce sera un développement non durable. L’agriculture, les paysans et le développement rural sont liés et demandent une solution intégrée dans le processus d’industrialisation et de modernisation. La part de l’agriculture diminue dans le processus d’industrialisation actuel : la croissance agricole était de 6% il y a quelques années, elle n’est plus que de 3%. Or son rôle restera important. Elle est nécessaire notamment pour assurer la sécurité alimentaire, pour le développement de l’industrie de transformation des produits agricoles et de l’exportation ; elle contribue à la sécurité alimentaire internationale ; il faut enfin éviter à l’avenir de subventionner l’agriculture comme c’est le cas dans les pays riches après l’industrialisation. En 2020, le secteur agricole restera encore important puisque le modèle de prévision a montré que la part de l’agriculture dans le PIB serait de 9,6%, la main-d’œuvre agricole serait entre 22,6% à 49% (selon différents scénarios) et la main d’œuvre rurale entre 61,3 % à 72,6 %.
 
Plusieurs questions se posent dès maintenant.  La gestion de la qualité des produits agricoles, notamment par l’élaboration d’AOC et de produits de qualité doit se développer en répondant aux standards internationaux. Les institutions du marché : aujourd’hui le système d’agriculture de contrat promulgué par le gouvernement mène au monopole des entreprises et retire aux paysans un pouvoir sur le marché. Il faut en conséquence développer des coopératives intégrant la transformation et le commerce des produits à la production ; il faut aider des associations paysannes à produire des services qui ne seront réalisés ni par le marché ni par l’Etat. Un projet avec le GRET-France dans le cadre du projet Dialogs a démontré l’efficacité de ce système décentralisé. La défense contre la perte des terres agricoles est la base de la sécurité alimentaire. Il est donc nécessaire d’avoir une base législative rigoureuse pour lutter contre la spéculation foncière, l’urbanisation. Il faut également ne pas laisser l’exode rural évoluer spontanément. Le système de recherche et les technologies nouvelles doivent pouvoir répondre aux défis du XXIème siècle : agriculture biologique, biotechnologie, système d’assurance face aux risques climatiques, stratégie pour élever la productivité agricole.
 
Alors que les paysans ont été les initiateurs de la Rénovation, ils n’en ont pas bénéficié, ils sont pauvres. Ils ont moins de sécurité sociale, ne bénéficient pas d’assurance contre les désastres climatiques et les risques du marché... Il faut rappeler que les paysans forment la couche sociale la plus défavorisée de la société vietnamienne : 80% sont en dessous du seuil de pauvreté de 200 000 dongs/an ! Le sous-emploi les oblige à l’exode rural. C’est un processus déterminant pour l’industrialisation.

Cependant, il ne faut pas le laisser se dérouler de manière spontanée. Il faut donc de nouveaux emplois, car il est important de ne pas détruire l’économie familiale, et aider les exploitations à devenir des fermes familiales, afin qu’elles développent la transformation et la commercialisation des produits. Dans cette optique, le tourisme rural est une activité tout à fait intéressante.

Les fermes familiales ont donc besoin d’un programme d’aides pour les petites et moyennes entreprises. Le processus doit s’accompagner du développement de petites entreprises industrielles et de services pour promouvoir le changement de la structure économique de la campagne.  Il est également important que des organisations de défense de leurs droits soient crées afin de contribuer à la défense des droits de marchandage, des droits fonciers, des droits de la famille, des droits de sécurité sociale.
 
Le développement rural doit mieux concilier développement économique et développement social, car aujourd’hui les régions où le développement agricole est développé sont des régions où le développement social est en retard. D’autre
part le développement agricole implique souvent la spécialisation alors que le développement rural exige la diversification.
Cette coupure entre économie et social conduit à une disparité entre ville et campagne. Il faut donc accompagner le développement rural d’une stratégie de changement de la structure économique de l’espace rural. Il faut également éviter la formation de mégalopoles. D’autres modèles existent comme celui qui s’appuie sur le développement de villes moyennes (modèle d’urbanisation décentralisée). Ce développement doit également prendre en compte les questions environnementales afin que la protection de l’environnement puisse crée des emplois et des revenus pour les paysans. La sécurité sociale doit également être mieux prise en compte.
 
Le développement durable demande un développement économique qui va de pair avec un développement social. Il faut lutter contre le néolibéralisme, construire une économie sociale pour conduire le développement social. Le développement social devrait être réalisé par une économie sociale que les forums sociaux mondiaux veulent promouvoir dans la tendance altermondialiste. La stratégie d’industrialisation doit être basée sur les forces intérieures, les nouvelles technologies et les ressources naturelles. Le développement agricole devrait être basé sur la qualité et la transformation des produits pour élever la valeur ajoutée et la productivité du travail. Les régions où les paysans développent des clusters industriels et agricoles dynamiques représentent un modèle de développement post-fordiste comme les districts industriels marchalliens en Europe. C’est ainsi que sera préservée la sécurité alimentaire, qui est assurée aujourd’hui alors que la qualité, elle, ne l’est pas.
 
La crise économique actuelle est internationale. Elle est le résultat d’une stratégie de développement non durable. Le Vietnam est moins touché, du fait de son retard. Il faut cependant bâtir une stratégie d’industrialisation forte en s’appuyant sur les systèmes d’innovations locaux comme les villages de métiers, ce qui permet de créer de l’emploi. Le développement rural doit être conçu différemment du développement économique, intégrant le développement social. La création de l’association de développement rural a été créée à cet effet pour conduire des recherches spécifiques fournir des services et une formation aux paysans. Le développement rural doit être réalisé par les paysans eux-mêmes, par une action collective, des groupes d’intérêt commun aux coopératives. Les acteurs du développement rural ce sont les communautés de base. La relation entre les acteurs du développement c’est le capital social. Les institutions optimales sont les institutions de l’économie sociale.

 

Ecouter son intervention (audio) :

 

Voir un extrait de son intervention (video):

 

(copy 2)

Consulter la totalité de l'exposé de Dao The Tuan (fr)  Lire

Lire son exposé en anglais ici

Lire son exposé en vietnamien ici

 

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