Le saviez vous?

97% de l'eau est salée, 2% correspondent à la calotte glacière (il ne faut donc pas y toucher) et seulement 1% circule dans les ruisseaux, nappes, rivières et lacs...

Source : Pierre Mollo

Imprimer la page Informer un ami Agrandir la police Reduire la police
Editorial

Plus qu'un tremblement de terre, plus qu'un tsunami : Une fracture sociale

Chili février 2010, plus qu'un tremblement de terre, plus qu'un tsunami : Une fracture sociale

 

par Pedro Avendaño Garcés

Universidad del Mar (Chile)

L´été touchait à sa fin, les organisateurs des festivités du Bicentenaire de la République insistaient sur le développement économique du pays, dans quelques jours, nous allions changer de président et voir débarquer des anciens de Harvard, de Chicago, du MIT à la tête de l'Etat. Nous nous approchions un peu plus du niveau de perfectionnement proné par nos nouveaux gérants, à base d'efficacité, d'efficience, de modernité. Au moment où la science économique observait les chiffres au point d'en oublier de voir le visage de ses concitoyens, se produisit un tremblement de terre de 8.8 suivi d'un tsunami qui dévasta les cotes de trois régions du centre-sud du Chili.

Je suis tenté de dire que plus d'une décision à été prise – ou pas – pour protéger l'image de l'Etat et du gouvernement sortant et ne pas laisser la place à des critiques de la part du nouveau gouvernement. Ce va-et-vient, qui n'est pas sans rappeler les ondes du tremblement de terre, fit perdre de précieuses minutes avant que soit donnée l'alerte, que soient activés les systèmes de protection, et protégées des vies aujourd'hui disparues. L'histoire eut pu être différente. Nous ne le saurons jamais et préférons ne pas spéculer au sujet des petites et grandes ambitions qui causèrent tant de dégâts. Il est l´heure de se mettre en marche. Ce n'est ni la première ni la dernière fois.

Nous ne pouvons toutefois oublier que le tremblement de terre et le tsunami ont ouvert les vannes d'un autre Chili. Ce Chili au bord de la marginalisation, ce Chili pauvre, frustré, rageur. A Concepción, Talca, Talcahuano, des milliers de personnes habituellement exclues sortirent dans la rue et n'accoururent pas seulement dans les pharmacies et les magasins à la recherche de produits nécessaires à leur survie. Ces personnes braquèrent des stations service, pillèrent des supermarchés, emportant téléviseurs, chaînes stéréo, machines à laver, écrans plats, médicaments, et absolument tout ce qu'ils avaient la force de porter. Une fois vidés, ces endroits furent brûlés comme corollaire d'une force sociale colossale.

Armés de bâtons, machettes, couteaux, rues fermées, organisés pour la défense des maisons et des bâtiments, ce fut alors un « nous » et un « vous » qui apparut. On allait jusqu'à voir des gens patrouiller dans les rues armés de revolvers et de fusils. Ce ne furent pas seulement les couches populaires qui manifestement prirent leur revanche contre le type de société que nous leur offrons. Ce furent des professionnels issus de l'université, des techniciens, des pères et mères de famille respectables, des hommes et des femmes éduqués par une société chilienne marquée par la promotion de l'individualisme, de la réussite rapide, de l'apparence, qui attaquèrent des boutiques. Stimulés par la nécessaire consommation et l'omniprésence de possessions fantasmées, peu importe le prix qu'il faudra payer pour les obtenir.

La fracture du Chili n'a pas été provoquée par le tremblement de terre ou le tsunami, mais bien par un mode de développement qui a délibérément oublié l'humain au profit du matériel, soutenu en cela par la publicité, puissante machine de propagande au service exclusif du marché. Et voici que, pied de nez de l'histoire, ces mêmes militaires qui avaient assaillit l'Etat, se transformèrent en garants de la paix, rétablissant progressivement l'ordre au milieu du désastre. Une fois de plus, parallèlement à l'histoire officielle, les Forces Armées s'approprièrent le succès d'un ordre social illusoire, fruit non pas de la capacité citoyenne à se réunir dans un pays en crise, mais bien de la force.

Les bons sentiments, l'émotion, le partage, la commisération permirent de récolter 30 mille millions de pesos en 27 heures de Téléthon. Bravo ! Cet argent est absolument nécessaire pour débuter la reconstruction des régions et des personnes. Il est toutefois insuffisant pour faire taire cet autre Chili fracturé que l'on a déjà tendance à oublier.
Le modèle imposé par le marché laisse inévitablement de côté et élimine ce qui ne peut être réduit à l'achat et à la vente. Ainsi, l'éducation, au-delà des compétences , ne sert plus à rien ; pas plus que la formation aux valeurs citoyennes. La solidarité est remplacée par la compétition, la compétition par l'individualisme, et l'on se rachète une moralité en accumulant des millions de dons.

Eduquer à la citoyenneté, dans le respect de la diversité, de la tolérance, de la responsabilité, avec la rigueur d'une discipline réfléchie et consciente, est essentiel dans la transformation sociale qui devra accompagner la reconstruction des maisons, des immeubles, des villages de la cote chilienne. Les universités ont un rôle important à jouer, qui devra aller bien au-delà du comptage des dons et des volontaires mobilisés dans les zones dévastées. L'heure n'est pas à la publicité.

 

Concepción (Chile), 10 mars 2010.

Découvrir les initiatives en cours

Découvrir ses  alliés

Découvrir les anciens Editos

Découvrir les videos Global Café

Découvrir ses méthodes

Découvrir les ECADIM

Découvrir l'université Terre Citoyenne UITC

Actuellement