par Sergi Escribano
Dr. Ingénieur agronome, Consultant international, Membre de l'ong CERAI
Jamais dans son histoire l'Humanité n'avait eu aussi faim. En 2010, on estime que 1.020 millions de personnes souffrent de la faim, ce qui représente une personne sur six, et 16,67 % de la population mondiale (1). Il est malheureusement prouvé que cette tendance devrait s'accroître à court terme, tant en quantité de personnes qu'en proportion de la population totale.
La situation est paradoxale puisque la faim se concentre essentiellement dans les zones rurales productrices d'aliments des pays en voie de développement. En effet, ces territoires abritent 90,7 % de la population rurale, soient 3 377 millions de personnes (2), essentiellement en Afrique et en Asie, régions qui comptent le plus grand nombre de personnes souffrant de la faim.
Ces populations cultivent de petites ou moyennes exploitations, ont bien souvent été expulsées des terres les plus productives, ne disposent que de peu d'infrastructures et services, et sont d'autant plus fragilisées qu'elles sont installées dans des régions vulnérables aux désastres climatiques qui se sont multipliés ces dernières années sous l'effet de l'activité humaine.
C'est dans ce contexte pour le moins sombre que nous entamons la deuxième décennie de notre siècle. Les responsables politiques ont démontré leur faible volonté de parvenir à des accords multilatéraux, tant lors du Sommet Mondial sur la Sécurité Alimentaire de la FAO (Rome, 16-18 novembre 2009) que lors de la Conférence sur le Changement Climatique de l'ONU (Copenhague, 7-18 décembre 2009). Ces deux échecs patents mettent au jour la grande difficulté des gouvernements à aborder las questions globales qui transcendent leurs frontières nationales et économiques.
Les organisations citoyennes ont démontré leur capacité à assumer ses responsabilités, se mobiliser, dénoncer, informer la société et élaborer des propositions qui parviennent à dépasser les barrages administratifs jusqu'à atteindre le politique. C'est dans ce contexte que Terre Citoyenne trouve sa place, comme réseau informel d'organisations citoyennes et de citoyens critiques à même de remettre en question, librement et sans dogmatismes, la réalité actuelle de la planète.
Terre Citoyenne est une mosaïque mondiale fondée sur des principes de diversité des cultures, de multiplicité des organisations tant dans leur nature que dans leurs idées et aptitudes. Un réseau uni par des liens de confiance et un travail commun articulé autour d'axes partagés issus de nos réalités quotidiennes. Une alliance responsable et pleinement consciente de sa dimension locale et globale. Un ensemble de compétences au service des agriculteurs, des pêcheurs, des acteurs du monde rural qui n'ont pas accès à leurs droits fondamentaux de base et ne peuvent donc pas en jouir.
Si nous regardons en arrière, nous récoltons les fruits du travail de l'Alliance Terre Citoyenne mais aussi de ses prédécesseurs (RIAD, APM Afrique, entre autres) (3). Les synergies générées ont permis de créer des structures capables de former des leaders paysans, d'élaborer des propositions en réponse aux défis cruciaux du monde rural, d'intervenir sur des projets de lois concernant notre quotidien, de sensibiliser des responsables politiques etc., etc.. Ce capital humain accumulé et cette capacité d'action sur le long terme soulignent la force de notre collectif et ses compétences pour poursuivre sa tâche comme Alliance Terre Citoyenne.
Quelle Terre Citoyenne voulons-nous pour 2010-2020 ? L'avenir du réseau doit faire l'objet d'une réflexion collective critique et constructive menée par l'ensemble des membres et collaborateurs de l'Alliance. La réunion de Nant (4) a jeté les bases de cette réflexion. Une réponse consensuelle issue de la participation de tous nous renforcera comme plateforme, au risque de nous affaiblir si nous ne la définissons pas, ensemble.
Penser l'avenir de Terre Citoyenne c'est penser à des formes et des méthodes d'organisation adaptées à notre Alliance. Penser une alliance durable c'est penser à la diversification de ses financements, à construire une structure organisée autour d'une gouvernance transparente, à augmenter sa valeur ajoutée par l'innovation, la réflexion et la pédagogie.
Seule une Alliance Terre Citoyenne rénovée, participative, et pleinement adoptée par ses alliés, nous permettra d'affronter les ambitieux projets engagés par l'Université Terre Citoyenne.
L'appui de la Fondation Charles Léopold Mayer (FPH) à ce processus d'évolution est fondamental. En tant que citoyens et membres de l'Alliance, nous devons assurer la continuité de l'effort d'investissement financier et humain effectué par la FPH et par Pierre Vuarin, fondateur et responsable de Terre Citoyenne, ce depuis les années 90.
Parce que la terre n'est pas seulement l'héritage de nos ancêtres, mais un bien que nous empruntons à nos descendants, continuons à travailler, continuons à construire cette aventure collective qu'est l'Alliance Terre Citoyenne.
Valencia, 18 janvier 2010.
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(1) Source: FAO.
(2) Source: Nations Unies. Département d'Economie et d'Actions sociales. Zones urbaines et rurales, 2007.
(3) Dans le cadre du programme APM, Agricultures paysannes et Mondialisation, la Fondation Charles Léopold Mayer appuya la création et l'animation de réseaux d'agriculteurs, ongs, universités sur les quatre continents.
(4) Rencontre de l'alliance Terre citoyenne de Nant (Aveyron, France) du 29 juin au 5 juillet 2009.