Le saviez vous?

Home, le film de Yann Arthus-Bertrand sur l'état de la planète disponible sur YouTube. Voir vidéo

Imprimer la page Informer un ami Agrandir la police Reduire la police
Editorial

Promotion du développement rural, de l'économie sociale et de la société civile: les nouveaux défis des campagnes vietnamiennes

L'université Terre Citoyenne au Vietnam

 

par Pasqual Moreno Torregrosa

Dr. Ingénieur agronome, Université Polytechnique de Valencia

 

 

Organisé par le Centre de recherche et de développement des systèmes agraires au Vietnam (CASRAD), organisme dépendant de l'Académie vietnamienne des Sciences de l'Agriculture (VAAS), et par l'Association viertnamienne du Développement rural (PHANO), avec la collaboration de la Fondation Charles-Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme (FPH), un Séminaire  sur le développement rural a eu lieu à Hanoï du 24 au 28 août 2009. Y participèrent de nombreux chercheurs vietnamiens, ainsi que des spécialistes européens (France, Espagne), latino-américains (Chili), africains (Bénin) et asiatiques (Chine). Débats, réflexions théoriques, mais aussi visites de régions agricoles proches de Hanoï, permirent aux participants d'échanger avec les paysans, évoquant leurs conditions de vie, leurs difficultés et leurs besoins. Le séminaire donna aux experts étrangers la possibilité d'appréhender les importantes avancées du monde agricole et rural vietnamien, ainsi que les contradictions auxquelles il se trouve confronté, contradictions qui pourraient compromettre son avenir. De leur côté, les chercheurs et les scientifiques vietnamiens présents, prirent connaissance des opinions de leurs collègues étrangers, tant au sujet des visites de terrain, que des exposés présentés lors du séminaire. En marge de cette réunion d'experts en développement rural, fut présenté le projet de création d'une Université Internationale Terre Citoyenne qui, entre autres objectifs, fera la promotion de ce type de réunions.

 

Le Vietnam est sans doute aucun le pays qui a connu le plus d'événements déterminants ces cinquante dernières années. De sa lutte pour son indépendance dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, naquit en 1954 un Vietnam du Nord indépendant. Si la France et les Etats-Unis avaient respecté les Accords de Genève, le Vietnam du Nord aurait alors procédé au référendum qui aurait certainement permis la réunification de l'ensemble du territoire. N'ayant pu le faire, la guerre se prolongea au Sud jusqu'en 1975 (1), et les Etats-Unis continuèrent à bombarder durant plusieurs années les villes et villages du Nord.

Ces nombreuses années de guerre déboucheront heureusement sur la construction d'un pays souverain. L'obtention de la paix légitima le Parti Communiste Vietnamien, d'ailleurs renforcé par le développement actuel du pays. Ce développement n'en fut pas aisé. Les premières mesures furent adoptées dès l'indépendance du Nord. A commencer par la Réforme agraire, d'ailleurs bien accueillie par les paysans sans terre et les paysans pauvres qui étaient majoritaires dans la population. Vint ensuite la collectivisation de l'agriculture selon le modèle chinois et soviétique, suivant un désir exprès d'avancer dans la construction du socialisme.

Ce processus de collectivisation provoqua des tensions entre les paysans et le Parti Communiste, ralentit la production, augmenta le mal-être entre ceux-là mêmes qui reconnaissaient au Parti le mérite de la réunification du pays et la victoire militaire, et le souhait sincère de ses dirigeants de voir sortir des millions de Vietnamiens de la misère.

C'est à la fin des années 80, à l'occasion du VIe Congrès du Parti, que fut annoncée la politique de réformes Doi Moi, très en accord avec les nouvelles politiques de l'URSS de Gorbatchev, ou encore de la Chine de Deng Xiao Ping. Après d'intenses discussions internes, furent adoptées des mesures comme la reconnaissance du secteur privé, et le fait que les entreprises d'Etat, comme les coopératives, devaient fonctionner selon des principes de l'Etat sans injection de capitaux par le biais de subventions. La responsabilité de la production, mais aussi de la commercialisation, incomba alors aux familles de paysans ; on leur loua la terre ; la distribution se libéralisa dans les villes ; tout comme le commerce, ce qui permit à l'approvisionnement de se reconstituer rapidement ; le petit commerce en zones rurales se transforma en fournisseur d'inputs, permettant au Vietnam de faire sa “révolution verte” avec des croissances extraordinaires du rendement et de la productivité, etc. L'ensemble de ces mesures engendra à la fin des années 90 une croissance annuelle du PIB de 9 %.

Ces avancées se traduisirent par une augmentation rapide et spectaculaire du niveau de vie de la population. Ce progrès économique s'accompagna en outre d'importants bouleversements sociaux. On décida, par exemple, de faire payer l'accès aux services de santé et d'éducation, seul moyen pour les sortir d'un état de vétusté proche de décrépitude. Cet effort put être fourni par la population (2) grâce à l'augmentation de ses ressources. On reconnut la liberté de religion de facto: catholiques et bouddhistes purent rénover leurs lieux de culte et pratiquer ouvertement et sans restriction.

Le Vietnam devint en peu de temps un “pays émergeant”, son riche patrimoine, son folklore (3) et la beauté de ses paysages attirant un tourisme international exponentiel. En plus de fournir largement son marché local, le Vietnam devint alors le deuxième exportateur mondial de café et de riz.

Toutefois, cette croissance économique extraordinaire n'a pas su s'économiser de graves dysfonctionnements. De nombreuses terres agricoles ont disparu sous la pression de l'urbanisation ; l'exode rural s'est maintenu à un rythme soutenu, vidant de ses habitants les zones montagneuses et participant d'une densité démographique (4) importante dans les régions riches ou industrielles ; la prépondérance mondiale du Vietnam sur différents produits a impliqué déforestation et disparition de la forêt tropicale (flore et faune) ; les écarts entre le niveau de vie des ruraux et des citadins s'est creusé ; l'environnement s'est dégradé (pollution de l'eau des fleuves et des nappes phréatiques, perte de biodiversité, pollution des terres par l'utilisation de produits chimiques dans l'agriculture, etc.) ; les inégalités sociales ont augmenté.

Comme l'expliqua lors du Séminaire le Professeur Dao The Tuan : « Notre industrialisation est basé sur une main-d'oeuvre peu chère, une terre et un environnement à bas coûts pour attirer les investissements étrangers. Nous devons élaborer une nouvelle stratégie pour une industrialisation basée sur les nouvelles technologies, la formation de la population, les ressources naturelles. »

Le Vietnam a été confronté, tout au long de son  histoire, à de nombreux défis. Il a jusqu'alors toujours su les relever. Espérons qu'il saura trouver son chemin vers un développement rural harmonieux et durable.


Valencia, 6 de octubre del 2009.

 

———

(1) La guerre du Sud vietnamien se solda par la mort de trois millions de vietnamiens. On dénombra 58.000 morts nord-américains. Dix millions de personnes furent déplacées.
(2) Seules l'éducation secondaire et supérieure étaient payantes.
(3) Trente-cinq ethnies composent le Vietnam.
(4) La densité démographique dans le Delta du Mékong ou du Fleuve Rouge est de 1.300 habitants/km².

 

Agenda

"Sans les lunettes du citoyen, le scientifique devient aveugle"

Débat: mercredi 18 Janvier 2012 de 14h00 à 18h30

MESA REDONDA: FORMAR AL INGENIERO CIUDADANO

3era conferencia de la cátedra Tierra Ciudadana de la Universitat Politècnica de València. 14-12-2011, 17:00. Transmision en línea.

Comité promoteur UiTC et lancement Chaire TC au Chili

A Reñaca (Chili) du 31 octobre au 5 novembre 2011.